
Le marché français des voitures neuves n'a toujours pas retrouvé son niveau d'avant 2020. Début 2026, la presse économique parle même d'un marché qui « décroche encore », tandis que les données sectorielles publiées par AAA Data confirment un marché atone, sans reprise attendue avant 2027. Dans le même temps, un basculement profond s'opère sous la surface : l'électrique n'a jamais pesé aussi lourd dans les ventes. Voici ce que disent vraiment les chiffres.
Avec 1,632 million d'immatriculations de voitures neuves sur l'ensemble de 2025, la France est retombée à son niveau le plus bas depuis 1972, selon les données AAA Data (Intelligence Auto n°88). Le marché reste très loin du pic de 2019 (2,214 millions d'unités), et n'a jamais vraiment décollé depuis le choc de 2020 : cinq des six dernières années se sont soldées sous la barre des 1,8 million de ventes.
Selon Le Monde, ce recul s'est encore accentué au tout début de l'année : en février 2026, les immatriculations ont chuté de 14,7 % sur un an, portant le repli cumulé de janvier-février à 11 %, soit environ 30 % de moins qu'en février 2019, avant la pandémie. AAA Data table désormais sur environ 1,62 million d'immatriculations pour l'ensemble de 2026, un niveau quasiment stable par rapport à 2025, sans reprise dynamique attendue avant 2027.
Plusieurs facteurs se combinent. Le durcissement du malus écologique au 1er janvier 2026 a abaissé le seuil de déclenchement à 98 g de CO₂/km, faisant basculer dans la pénalité des modèles jusqu'ici épargnés, y compris de simples citadines essence, avec des malus allant de 50 à plus de 240 € selon les configurations. Du côté des ménages, la prudence budgétaire pousse vers l'occasion la plus ancienne : les transactions sur des véhicules de plus de 10 ans progressent quand les modèles récents (moins de 5 ans) reculent. Le marché se scinde ainsi en deux vitesses : des flottes d'entreprises qui électrifient à marche forcée, et des particuliers qui arbitrent vers des budgets plus serrés.
Sous ce marché atone, la composition des ventes s'est transformée. En 2025, les motorisations électrifiées (hybrides et électriques réunis) représentent déjà largement plus de la moitié des voitures neuves vendues en France, loin devant l'essence et surtout le diesel, désormais résiduel.
Répartition 2025 : Hybride 51 %, Essence 21 %, Électrique 20 %, Diesel 5 % (source AAA Data, Intelligence Auto n°88).
C'est le paradoxe de 2026 : alors que le marché global stagne, l'électrique, lui, s'envole. En août 2026, 38 % des voitures particulières neuves vendues en France n'avaient plus de moteur thermique, un record après 35 % en juillet. Le mouvement s'est nettement accéléré depuis le début de l'année, porté par le retour d'aides à l'achat renforcées et la reconduction du leasing social.
Autre signal notable : pour la première fois en cinq ans, le prix moyen d'une voiture neuve recule en France. Prix moyen essence : 25 884 € (-3,6 % vs 2024). Prix moyen électrique : 42 788 € (-0,8 % vs 2024).
Le prix moyen toutes motorisations confondues s'établit désormais autour de 34 600 €, en repli d'environ 2 % sur un an, une première depuis le début de la décennie. Deux mouvements l'expliquent : une concurrence renforcée entre constructeurs sur les modèles électrifiés, et un marché resté suffisamment atone pour empêcher toute remontée des prix affichés.
Le marché du neuf reste globalement à l'arrêt en France, avec une reprise qui n'est pas attendue avant 2027. Mais ce ralentissement global cache deux mouvements très favorables à qui prépare un achat aujourd'hui : des prix qui reculent, en particulier sur l'électrifié, et une offre électrique de plus en plus large et compétitive. À l'inverse, la vigilance reste de mise sur le malus écologique, désormais plus large et plus lourd qu'en 2025, un point à vérifier modèle par modèle avant de signer.